Lundi 9 juin 2008
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13:56
Résumé de l'épisode précédent : "Matt n'a plus de cigarette. Il doit sortir."
Je mate la pile de godasses entassées à l'entrée. Je devrais mettre mes baskets, cette journée (enfin, ce qu'il en reste) promettant
d'être longue. Mes homologues humains ont le chic pour me donner rendez vous tous en même temps. Mais en fait non, pas de basket. Un truc me dit plutôt d'enfiler les chaussures classes que je
mets pour sortir en soirées. Avec cette pluie, c'est une idée stupide comme il m'arrive souvent d'en faire. Encore cette foutue petite voix qui nous pousse à agir, souvent pour rien, mais qu'on
ne peut s'empecher d'écouter.
Je descend l'escalier, remonte mon col en traversant la cour intérieure, c'est quelle est froide cette eau, et m'élance vers le bistrot
du coin et son enseigne rouge en voie de disparition.
Je rentre trempé dans le bureau de tabac.
Toute cette eau qui
dégouline de mes cheveux et me refroidit aussi vite que je m'étais échauffé en courant pour traverser le quartier me donne envie de pisser. La nature nous rappelle sans cesse qu'on est beaucoup
de liquide, et bien peu de matière pour tenir tout l'ensemble. Perce un petit trou dans l'enveloppe, et toute ta vie s'en écoulera. Les gens savent t'il qu'on est aussi fragile ?
Difficile de se composer un visage agréable quand la buraliste, pourtant jolie et souriante, t'annonce le prix. La dose de
poison coûte d'autant plus cher qu'il en faut beaucoup pour te tuer. Je lui tend le dernier billet qu'il me reste en me retenant de l'inviter à diner. Oh ! Et puis je tente, après tout,
j'ai mis mes pompes classe. Etonnant comment l'apparence, ça me rend plus fort ! Me voila narcissique ! Elle refuse poliment, comme la fois précédente.
Je me sens plus fort, mais je ne suis pas pour autant devenu son type d'homme. Dommage. De toute façon, je n'ai pas le temps en ce moment. On se donne les excuses qui nous arrangent.
Je me commande un café, pose mes affaires sur une table libre et descend l'escalier qui mènent aux WC libérateur de vessies pleines, comme
l'est ma tête, mais de pensées.
Je me demande sur quoi va me mettre mon producteur. La dernière fois, le reportage sur les pigeons de la ville c'était vraiment...
comment dire tout en restant poli ? c'était chiant (oui, je suis poli là). Filmer des oiseaux en train de becqueter des miettes
laissées par des mangeurs de sandwich. Passionant. Non, moi, j'attends le reportage de ma vie, celui qui va faire de moi un journaliste célèbre, envié de toute la profession, et même au delà !
C'est pas dans ces WC que ça va m'arriver.
Tiens, je viens de m'apercevoir que pendant que je pissais, sans vraiment n'en rendre compte, je tournais le flot autour
du trou de la cuvette, en prenant soin de ne pas faire tomber le jet dans l'eau stagnante et jaunissante. Est-ce cela qui s'appelle tourner autour du pot ?
Qu'est-ce qu'on peut être con parfois !
Je me regarde dans la glace au desus du petit lave main. Ai-je la tête qui convient à mes ambitions ? Celle qui sera la femme de ma vie, qui vit quelque part, me reconnaitra elle ? Je me
sèche.
Puis je rejoins rapidement le monde des vivants laissant derrière moi mes pensées et une vague odeur. Ultime reste de l'animal qui marque son territoire.
Mon premier rendez-vous est là, à m'attendre...
(à suivre)
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