L'HORIZON

"Tu n'aurais pas du tomber pour moi."
"Tomber ?" se dit-il en lui-même. "Quel drôle de mot !"
Car ce qu'il ressentait était tout autre.
Comme une force accélératrice, elle l'avait poussé vers le haut, avec sa bonne humeur désarmante, et poussé vers la bas avec des mots durs comme des lames. Haut et bas, comme la fronde dans la main de David. Puis quand elle lui avait dit "je t'aime", comme un corps léger lancé dans l'air, elle l'avait rendu meilleur, et il s'était élevé. Il avait traversé, comme les couches successives de l’atmosphère, la tolérance, la patience, la bonté, jusqu'à atteindre la plus haute, l'amour, comme il ne l'aurait jamais cru.
Et il ne pouvait alors s'empêcher de penser à elle à chaque instant. Accompagner ses journées, son réveil, sa toilette, ses pas sur les sols comme des notes, les élégants mouvement de sa tête, les paires d'yeux innombrables qu'elle captive au travail, sa gym, son corps, sous la douche, son repas, ses livres et son visage endormi.
Elle l'avait lancé si haut et si fort qu'il gravitait littéralement autour d'elle, passant d'apogées en périgées, sur une orbite elliptique.
Et elle avait donc raison.
L'orbite est la jolie courbe d'une chute infinie.
Il tombait. Pour elle. Infiniment.
Pendant sa chute tournoyante, l'horizon restait toujours à sa place, lointain, inatteignable, impassible.
O.