Il se redresse et regarde son travail. Ses mains sont rêches comme du velcro à force de fouiller dans l'acide ou le basique de la mère nouricière, et
quand il les frotte sur son pantalon, il en arrache quelques bouloches de velour. Mais ce qu'il a devant les yeux le réconforte. Et ce qu'il y a au dessus de sa tête lui dessine un sourire sur
ses lèvres minces et pâles. La pluie s'annonce et ce qu'il vient de planter sera bien nourri. Il souffle un instant et relève la tête.Un jeune homme à l'air un peu excentrique s'approche.
"Bonjour monsieur ! lui lance t'il.
- Bonjour ...
- Je vous trouve beau".
Le vieil homme se sent un peu géné qu'un autre homme lui dise ça.
- Euh... Merci..."
- Ho, excusez moi ! Je suis sculpteur, voyez vous...
- Ha..."
Le vieil homme ne voit pas trop quoi répondre. Il ne s'intéresse pas vraiment à ce qui peut sortir du jardin, et la seule sculpture qu'il connaisse, c'est la taille des arbustes.
- Puis-je prendre quelques photos dans votre jardin ?" Lui demande le jeune homme avec un sourire.
- Si vous voulez..."
Le jardinier reprend son rateau et oublie le jeune artiste. Il veut finir avant la pluie...
Des années plus tard, le sculpteur retrouve les photos du jardin et du vieil homme.
En y retournant, il apprend que le jardinier n'est plus là, mais que les arbustes et les fleurs qu'il a planté le sont toujours.
Alors en souvenir de ce vieux monsieur, le "jeune" sculpteur qui ne l'est plus vraiment immortalise la silhouette dans les fibres d'un bois. Il retrouvera ainsi sa place au milieu des fleurs de son jardin.
C'était une fin morte. Une impasse. Une voie presque sans issue. Presque, car un large "Privé,
Défense d'entrer" sur une porte lui barrait le passage. Toute cette fuite pour arriver là. Quelle idée de ne pas mettre d'issue au bout d'un couloir aveugle. Un couloir que pouvait emprunter tout
le monde, un couloir public. Une simple porte qui séparait le public du privé.
Derniers Commentaires