Lundi 2 octobre 2006
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Vendredi 29 septembre 2006, 15h45, mon téléphone sonne.
"Allo ?..."
"Allo, c'est moi" . C'est ma femme avec une voix euphorique. J'imagine son sourire qui s'étale sur son visage d'ange. J'ai un pressentiment.
"Viens vite, j'ai perdu les eaux !"
"Pardon !?" J'ai compris, mais je n'en crois pas mes oreilles. A vrai dire, c'est assez inatendu, 15 jours d'avance !
"Oui, j'allais faire des achats avec ma mère, mais avant, on s'est arrêté chez ma tante, et là j'ai perdu les eaux ! Rejoins moi vite à la maternité !"
"J'arrive".
Je réfléchi un instant. Je dois partir la semaine suivante pour une sorte de troc de formation. Mais j'avais prévenu du risque de la naissance imminente. Pourtant, ils ont voulu maintenir cette date. Pas le choix, je dois annuler. Je monte en parler à mon responsable.
"Ha !" me fait il. Il regarde le calendrier. "Bah, c'est pas la mort !".
"C'est même plutot la vie !" dis-je en souriant. bien sur, il voulait dire pour ceux que j'allais former. "Ils s'en remettrons, on décalera". Il me souhaite bonne chance, après m'avoir rassuré qu'il s'occupe de prévenir et d'annuler toutes les réservations.
Alors je me sauve. Prudemment ! Je tiens à ne pas rater ça bêtement.
Sur la route, dans la voiture, la radio passe de la bonne musique. Mon esprit vagabonde sur "Micheline" d'Amok, "That song that we sing" de Charlotte Gainsbourg, "sure thing" de Saint Germain, "Enjoy the silence" souvenir de jeunesse laissé par Depeche Mode. Je me retiens de laisser les vagues à l'âme mouiller mes yeux. Est-ce vraiment en train de nous arriver ?
17h, j'arrive enfin à la maternité sur un extrait de la Symphonie numéro 3 de Franz Shubert.
Je me trompe de couloir, allant là où j'avais l'habitude d'aller pour les prélèvements. On me renvoi gentillement vers la bonne porte. "Sonnez, on vous ouvrira !".
Je sonne.
Les portes automatiques s'ouvrent sur le sourire interrogateur d'une sage-femme.
"Ma femme doit être arrivée ici". Je lui donne mon nom, tandis qu'elle regarde sa liste.
Effectivement, elle est là, dans cette chambre de pre partum.
Je la découvre, le visage tendu, dans l'attente de la prochaine vague de douleur d'une contraction. Une machine, d'où sort une bande de papier, bruisse doucement à côté du lit en mesurant les battements de coeur du bébé.
Puis je vois ma femme se crisper. Elle fait sa respiration, profonde, comme on lui a expliqué. Malgrès elle, elle gémit. Je ne sais pas quoi faire, alors je lui prend la main en tentant de lui faire penser à autre chose. Dérisoire, alors que moi même je ne pense qu'à ça.
Elle ne se sens pas bien, barbouillée. Je lui tend une petite bassine, qui semble être prévue à cet effet. Son repas du midi fini dedans.
"N'attends pas pour réclamer quelque chose contre la douleur".
Elle aquiesce, mais ne fait rien.
Trouvant qu'elle sont très rapprochées, je décide de chronométrer la fréquence des contractions. Une nouvelle arrive et sera le départ de la mesure. Souffrant trop, elle appuie sur le bouton d'appel, tandis que je regarde la trotteuse de ma montre. il est 17 heures 15 minutes et 30 secondes. A quand la prochaine ?
La sage femme arrive.
"vous avez sonné ?"
"Oui, y a t'il quelque chose à faire contre la douleur ?"
La sage-femme demande à combien elle en est. Ma femme ne sait pas, personne n'est venu mesurer.
La sage-femme enfile son gant de mesure. Stupéfaction. "Ho ! le col est complètement dilaté ! On va vous emmener en salle d'accouchement !".
Ma mesure fini là !
Une aide soignante entre à ce moment dans la chambre et signale que la mère de ma femme viens d'apporter les affaires. Je vais à sa rencontre. Le réglement lui interdit de franchir les portes automatiques. Une seule personne autorisée, de préférence le père.
Il manque un sac, les affaires pour le bébé. Mince, me dis-je, le plus important. Je propose de l'attendre dans le couloir tandis qu'elle va chercher dans la voiture le sac manquant.
Mais les minutes passent. Alors je refranchi les portes avec les bagages, ma belle mère donnera le sac manquant à une aide soignante.
"Allez poser vos affaires près du lit au fond du couloir et mettez cette casaque et les sur-chaussures" me dit l'aide soignante en me tendant une pièce de tissus.
J'entre alors dans la salle d'accouchement. Elle est verte. Du carrelage aux murs. Ma femme est allongée sur la table rembourée. Une jeune sage femme est en train de préparer une transfusion d'antibiotique.
"Au fait, bonjour, je me présente, je m'appelle Elise, et je suis la sage femme qui va faire accoucher votre femme"
Je lui répond également en me présentant comme le père.
Il y a une bonne ambiance, un peu tendue pour nous, mais bonne.
Toutes sont étonnées de la rapidité du travail. A peine une heure. Surtout pour un premier bébé. Je demande pour la péridurale, connaissant déjà la réponse. Il est évidemment trop tard.
Après tout, tant mieux, de l'avis de tout le monde présent.
Tandis que les assistantes placent les étriers, et allume le gros projecteur au dessus de la table, la jeune stagiaire étale des instruments sur son champs. Puis elle se rend compte que ce n'est pas le bon jeu qu'elle a ouvert. Mais ça ne semble pas grave. Elles s'expriment toutes avec des voix douces, rassurantes, même quand elles se trompent. On a le métier dans le sang ou on ne l'a pas !
Tout est aussi prêt qu'on peut l'être. Tout le monde attend la prochaine contraction.
"Elle arrive, poussez, poussez fort là ou vous sentez que vous avez mal."
Ma femme s'en sort à merveille, écoute bien ce que les sages-femmes lui demandent de faire. Une main derriere sa tête, je l'aide à tenir son menton sur sa poitrine pendant qu'elle s'accroche aux poignées en poussant à chaque contraction. Puis à relacher, reprendre son souffle, attendre la suivante.
Encore une contraction, je vois le sommet d'une petite tête chevelue faire son apparition. C'est si étrange, et pourtant si beau ! Un pause est necessaire pour faire une petite épisiotomie. La peau des rousses est trop fine. Le risque de déchirure est trop important.
"Poussez encore, elle va sortir" la sage femme plonge ses doigts et les enroule autour de la petite tête.
Voila, je vois maintenant son crane tout petit. La sage femme le tourne et son visage apparait. Je me rend compte du privilège que j'ai. Je ne suis pas celui qui l'a portée, mais je suis le premier de nous deux à voir sa petite frimousse. Petite consolation.
à la prochaine contraction, le reste de son corps va passer la porte de la vie. L'origine du monde comme l'a si bien peint Courbet.
Une aide soignante place un carré de coton sur le ventre de ma femme.
"Pour recevoir le bébé" dit-elle.
La délivrance, la dernière poussée, et voila qu'apparait devant nos yeux ébahis une petite poupée encore un peu chiffonée et recouverte d'un étrange emballage blanchâtre. Notre fille !
Je vois le feu de l'amour briller dans les yeux de ma femme quand elle reçoit le petit corps sur son ventre. Je contourne la table pour prendre une photo, et là j'entends le cri du bébé, suivi immédiatement d'une exclamation de joie de la toute nouvelle maman !
Il est 17h42.
"Voulez vous couper le cordon, monsieur ?"
Bien sur !
Je prend la paire de ciseaux et, sans m'en rendre vraiment compte, un peu tremblant, je coupe ainsi tous ces mois d'attente et inaugure une nouvelle vie...
Celle de Nina-Lucia
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