sous la plume

Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /2007 00:00
J'ai décidé d'entreprendre un voyage insensé. Un voyage que je n'aurai jamais cru être capable de faire il n'y a pas si longtemps, un voyage qui conduit à l'oubli de soi même. Un ultime voyage.

J'en ai pourtant fait, et même d'incroyables. J'ai poursuivi inlassablement l'ombre de soleils couronnés par des lunes noires. j'ai fixé à m'en rendre aveugle des étoiles aux confins d'univers pour en percer les secrets intimes. J'ai plongé dans les profondeurs des ténèbres à la recherche des chimères monstrueuses. J'ai caressé du regard la chevelure glacée de comètes vagabondes, et j'ai rencontré des âmes pures qui m'ont enseigné tant de choses que je croyais déjà connaitre.

J'ai traversé des époques, des ères, des déserts, de feu, de glace ou de vide. Le grand tout et le grand rien, la connaissance absolue qui fait mal en te retournant ton reflet d'ignorance. Je les ai rencontrés. J'ai sauté les gouffres qui séparent les pensées, sans m'y perdre à jamais. Visité les cimes des rayonnements divin, écouté les vibrations entre la matière. J'ai fait tout ça, sauf ce voyage.

Et je me sens prêt pour celui là.

On a tenté de me dissuader. On m'a dit qu'on revenait de ce voyage transformé à jamais. Que ce voyage là n'est qu'une interminable soufrance. Qu'on oublie notre origine, notre essence, notre but. Je ne crois pas. Je suis vieux, et j'en ai déjà tellement vu.

Je ne choisi pas la destination, il parait que c'est elle qui te choisi. Cette lumière m'attire, ou bien celle ci. Je me lance avec l'energie du hasard.
Voilà, j'y suis. Je commence à sentir quelque chose. Quelque chose qui me pousse. Je m'incarne.  Les ténèbres se déchirent, des sons me viennent. Je né, en respirant un grand coup ce gaz étrange.
Mon voyage commence...
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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /2007 00:00

Dans les films, quand une femme dit non à l'homme qui vient de lui dire je t'aime, c'est souvent un refus sous l'effet de la surprise. En y reflechissant elle se rend compte qu'elle l'aime, ou fini par l'aimer, même si sur le coup elle refuse d'y croire, de peur que ce soit trop beau.

Dans les films, quand une femme dit non à l'homme, l'homme croit son amour perdu, parce que l'homme en général ne comprend rien aux femmes. Certains abandonnent, d'autres non.

 Heureusement, dans les films, ça fini toujours bien parce qu'il y a une autre personne, ou bien une petite voix intérieure, pour dire à l'homme que la femme qu'il aime l'aime également et n'attend qu'une chose, c'est qu'il refuse de croire que tout est fini, qu'il comprenne que son "non" veut dire "oui".

Que j'aimerai être un homme dans un tel film et écouter ma petite voix intérieure...
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Mercredi 22 novembre 2006 3 22 /11 /2006 00:00
Je venais de quitter le village et commençais à monter la pente vers les vertigineuses aiguilles qui surplombent la vallée. Le soleil venait à peine de se lever et l'ombre de la crête opposée était encore haute au dessus de moi. J'entendais, en contre bas, les cris des bergers qui demandaient à leurs chiens de rassembler les bêtes en troupeaux avant leur départ vers les alpages d'altitudes. L'air sentait bon les herbes, la sauge et la mélisse. Je me sentais bien, prêt pour cette longue journée de marche jusqu'au sanctuaire perché tout là haut sur cette montagne dite sacrée.
J'étais arrivé ici sans vraiment savoir ce que j'attendais d'un tel voyage. Quelque chose, un désir, m'avait poussé à aller plus loin que le trajet que j'avais envisagé. Et voila comment j'avais atteint ce village. Les habitants, très accueillants, et bien que ne parlant pas la même langue que moi, m'avaient expliqué, à grand renfort de l'incroyable langage universels des mains compris partout dans le monde, que ce que je cherchais était là haut, dans la montagne. A vrai dire, je ne savais pas moi même ce que je cherchais, et je demandais bien comment ils pouvaient bien le savoir, eux.
J'ai compris ensuite qu'ils m'avaient tout simplement accueilli comme un des nombreux pélerins qui viennent de loin se recueillir au sanctuaire de leur montagne. Ils m'ont alors offert l'hospitalité de leur demeure, et c'est tout naturellement qu'ils m'ont laissé les aider aux simple travaux de la maisonnée.
Et donc, tôt le lendemain matin, j'étais parti gravir la montagne, me demandant bien ce que j'allais trouver à son sommet.
Je marchais depuis déjà deux heures à peu près, alors que le soleil avait atteint le fond de la vallée et y chassait les dernières ombres, faisant remonter sous la chaleur de ses rayons, une légère brume qui s'égayait à l'assaut des pentes, lorsque je la vis.
Une pierre.
Elle était un peu en contre bas du sentier que j'avais emprunté. Ce n'était qu'une pierre parmi les autres pierres, mais pourtant elle avait attiré mon regard comme un aimant. Comment décrire cette sensation qui m'avait envahi soudain. C'est comme si cette pierre me parlait, mais sans mots, ni même sans images, plutôt sous forme de pensées pures, comme si c'était une partie de moi, de mon esprit. Elle n'était pas tout à fait blanche, et de forme quelconque à vrai dire, mais pourtant elle me parraissait éclatante et me semblait même vibrer sous la lumière du soleil. Un vertige me pris alors que je découvrais la perspective que ce nouveau morceau de moi même m'apprenait sur le monde. Je n'avais plus d'âge, j'étais ce morceau qui s'était un jour détaché de sa mère la roche, un peu plus haut sur la montagne et avait voyagé, certe peu, mais beaucoup pour une pierre, jusqu'à cet endroit de la pente, attendant avec la patience qui caracterise le minéral, mon passage.

Je sus également la vie de cette montagne. La mer, liquide nourricier qui l'a recouvert alors qu'elle n'était encore qu'une plaine, et qui l'a lentement recouvert de couches de sédiments. Puis le choc avec une plaque soeur, qui poussée par une force venant de l'intérieur, cherchait un autre endroit où s'intaller. Et la peau de la plaine qui s'était plissée, pliée en rides profondes. Sous la pression et la chaleur, la métamorphose en roche dure et cristalline, puis la lente migration vers les sommets.

Je prenais conscience de la force qui vibrait en moi et sous mes pieds. Je ne sais pas exactement combien de temps a duré cet étrange contact. Une fraction de seconde ? peut être ! le temps, cet elastique incroyable, nous joue parfois des tours. Quand je repris possession de mon esprit, j'avais la pierre dans la main même si je ne me rappelais pas comment elle était arrivée là. Elle était légère comme de la lave et douce comme un galet. Mais c'était pourtant bien un morceau de granit, à n'en pas douter.
Cette pierre m'était devenue soudain précieuse, je décidais de l'emmener avec moi au sommet...
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Lundi 2 octobre 2006 1 02 /10 /2006 00:00
Vendredi 29 septembre 2006, 15h45, mon téléphone sonne.
"Allo ?..."
"Allo, c'est moi" . C'est ma femme avec une voix euphorique. J'imagine son sourire qui s'étale sur son visage d'ange. J'ai un pressentiment.
"Viens vite, j'ai perdu les eaux !"
"Pardon !?" J'ai compris, mais je n'en crois pas mes oreilles. A vrai dire, c'est assez inatendu, 15 jours d'avance !
"Oui, j'allais faire des achats avec ma mère, mais avant, on s'est arrêté chez ma tante, et là j'ai perdu les eaux ! Rejoins moi vite à la maternité !"
"J'arrive".
Je réfléchi un instant. Je dois partir la semaine suivante pour une sorte de troc de formation. Mais j'avais prévenu du risque de la naissance imminente. Pourtant, ils ont voulu maintenir cette date. Pas le choix, je dois annuler. Je monte en parler à mon responsable.
"Ha !" me fait il. Il regarde le calendrier. "Bah, c'est pas la mort !".
"C'est même plutot la vie !" dis-je en souriant. bien sur, il voulait dire pour ceux que j'allais former. "Ils s'en remettrons, on décalera". Il me souhaite bonne chance, après m'avoir rassuré qu'il s'occupe de prévenir et d'annuler toutes les réservations.
Alors je me sauve. Prudemment ! Je tiens à ne pas rater ça bêtement.
Sur la route, dans la voiture, la radio passe de la bonne musique. Mon esprit vagabonde sur "Micheline" d'Amok, "That song that we sing" de Charlotte Gainsbourg, "sure thing" de Saint Germain, "Enjoy the silence" souvenir de jeunesse laissé par Depeche Mode. Je me retiens de laisser les vagues à l'âme mouiller mes yeux. Est-ce vraiment en train de nous arriver ?
17h, j'arrive enfin à la maternité sur un extrait de la Symphonie numéro 3 de Franz Shubert.
Je me trompe de couloir, allant là où j'avais l'habitude d'aller pour les prélèvements. On me renvoi gentillement vers la bonne porte. "Sonnez, on vous ouvrira !".
Je sonne.
Les portes automatiques s'ouvrent sur le sourire interrogateur d'une sage-femme.
"Ma femme doit être arrivée ici". Je lui donne mon nom, tandis qu'elle regarde sa liste.
Effectivement, elle est là, dans cette chambre de pre partum.
Je la découvre, le visage tendu, dans l'attente de la prochaine vague de douleur d'une contraction. Une machine, d'où sort une bande de papier, bruisse doucement à côté du lit en mesurant les battements de coeur du bébé.
Puis je vois ma femme se crisper. Elle fait sa respiration, profonde, comme on lui a expliqué. Malgrès elle, elle gémit. Je ne sais pas quoi faire, alors je lui prend la main en tentant de lui faire penser à autre chose. Dérisoire, alors que moi même je ne pense qu'à ça.
Elle ne se sens pas bien, barbouillée. Je lui tend une petite bassine, qui semble être prévue à cet effet. Son repas du midi fini dedans.
"N'attends pas pour réclamer quelque chose contre la douleur".
Elle aquiesce, mais ne fait rien.
Trouvant qu'elle sont très rapprochées, je décide de chronométrer la fréquence des contractions. Une nouvelle arrive et sera le départ de la mesure. Souffrant trop, elle appuie sur le bouton d'appel, tandis que je regarde la trotteuse de ma montre. il est 17 heures 15 minutes et 30 secondes. A quand la prochaine ?
La sage femme arrive.
"vous avez sonné ?"
"Oui, y a t'il quelque chose à faire contre la douleur ?"
La sage-femme demande à combien elle en est. Ma femme ne sait pas, personne n'est venu mesurer.
La sage-femme enfile son gant de mesure. Stupéfaction. "Ho ! le col est complètement dilaté ! On va vous emmener en salle d'accouchement !".
Ma mesure fini là !
Une aide soignante entre à ce moment dans la chambre et signale que la mère de ma femme viens d'apporter les affaires. Je vais à sa rencontre. Le réglement lui interdit de franchir les portes automatiques. Une seule personne autorisée, de préférence le père.
Il manque un sac, les affaires pour le bébé. Mince, me dis-je, le plus important. Je propose de l'attendre dans le couloir tandis qu'elle va chercher dans la voiture le sac manquant.
Mais les minutes passent. Alors je refranchi les portes avec les bagages, ma belle mère donnera le sac manquant à une aide soignante.
"Allez poser vos affaires près du lit au fond du couloir et mettez cette casaque et les sur-chaussures" me dit l'aide soignante en me tendant une pièce de tissus.
J'entre alors dans la salle d'accouchement. Elle est verte. Du carrelage aux murs. Ma femme est allongée sur la table rembourée. Une jeune sage femme est en train de préparer une transfusion d'antibiotique.
"Au fait, bonjour, je me présente, je m'appelle Elise, et je suis la sage femme qui va faire accoucher votre femme"
Je lui répond également en me présentant comme le père.
Il y a une bonne ambiance, un peu tendue pour nous, mais bonne.
Toutes sont étonnées de la rapidité du travail. A peine une heure. Surtout pour un premier bébé. Je demande pour la péridurale, connaissant déjà la réponse. Il est évidemment trop tard.
Après tout, tant mieux, de l'avis de tout le monde présent.
Tandis que les assistantes placent les étriers, et allume le gros projecteur au dessus de la table, la jeune stagiaire étale des instruments sur son champs. Puis elle se rend compte que ce n'est pas le bon jeu qu'elle a ouvert. Mais ça ne semble pas grave. Elles s'expriment toutes avec des voix douces, rassurantes, même quand elles se trompent. On a le métier dans le sang ou on ne l'a pas !
Tout est aussi prêt qu'on peut l'être. Tout le monde attend la prochaine contraction.
"Elle arrive, poussez, poussez fort là ou vous sentez que vous avez mal."
Ma femme s'en sort à merveille, écoute bien ce que les sages-femmes lui demandent de faire. Une main derriere sa tête, je l'aide à tenir son menton sur sa poitrine pendant qu'elle s'accroche aux poignées en poussant à chaque contraction. Puis à relacher, reprendre son souffle, attendre la suivante.
Encore une contraction, je vois le sommet d'une petite tête chevelue faire son apparition. C'est si étrange, et pourtant si beau ! Un pause est necessaire pour faire une petite épisiotomie. La peau des rousses est trop fine. Le risque de déchirure est trop important.
"Poussez encore, elle va sortir" la sage femme plonge ses doigts et les enroule autour de la petite tête.
Voila, je vois maintenant son crane tout petit. La sage femme le tourne et son visage apparait. Je me rend compte du privilège que j'ai. Je ne suis pas celui qui l'a portée, mais je suis le premier de nous deux à voir sa petite frimousse. Petite consolation.
à la prochaine contraction, le reste de son corps va passer la porte de la vie. L'origine du monde comme l'a si bien peint Courbet.
Une aide soignante place un carré de coton sur le ventre de ma femme.
"Pour recevoir le bébé" dit-elle.
La délivrance, la dernière poussée, et voila qu'apparait devant nos yeux ébahis une petite poupée encore un peu chiffonée et recouverte d'un étrange emballage blanchâtre. Notre fille !
Je vois le feu de l'amour briller dans les yeux de ma femme quand elle reçoit le petit corps sur son ventre. Je contourne la table pour prendre une photo, et là j'entends le cri du bébé, suivi immédiatement d'une exclamation de joie de la toute nouvelle maman !
Il est 17h42.
"Voulez vous couper le cordon, monsieur ?"
Bien sur !
Je prend la paire de ciseaux et, sans m'en rendre vraiment compte, un peu tremblant, je coupe ainsi tous ces mois d'attente et inaugure une nouvelle vie...
Celle de Nina-Lucia

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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /2006 00:00

Subtilement, les mots qu'il prononce se glissent dans mon esprit, entre les pierres de ma morale. Ces murs construits par mes parents depuis mon enfance avec des paroles et des actes qu'ils tenaient de leurs propres parents, pour être quelqu'un de bien, quelqu'un comme eux mêmes, sont de bien maigres protections face à sa Vérité.
Il fait tomber, morceau par morceau, jour après jour, ce qui m'avait toujours semblé des évidences et qui dirigeaient ma vie sans que je le sache.
Il est patient, mais tenace. Je connais son but, et pourtant je le laisse faire. Ses propos sont tellement convaincants et séduisants. Je sais que s'il arrive à démonter la dernière parcelle de mon éducation, il pourra prendre possession de moi. Et cette dernière parcelle est là, devant lui, prête à vaciller. Ce que j'oppose, ce semblant de défense, est bien vite balayé par les arguments tous fondés et vérifiables qu'il utilise. Il n'y a pas une vérité, il y en a plusieurs. Et la sienne est plus forte.
Sans doute est elle celle que je cherchais depuis longtemps, au plus profond de moi, et qui m'a dirigé vers lui.
C'est ce qu'il me dit.
Et je le crois.
Je suis sous son charme.
Je suis à sa merci...

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