sous la plume

Vendredi 14 mars 2008 5 14 /03 /2008 00:19
Pierre se réveilla mais garda les yeux fermés. Quelque chose n'allait pas. Il était sur le dos et avait l'impression de peser une tonne. Il essaya de bouger sa main, mais ne réussit qu'avec difficulté. Il pensa alors qu'il était attaché. Ne sentant aucun lien autour de ses poignets, il se ravisa. Rien de ce qui arrivait à ses oreilles et à son nez ne pouvait le renseigner sur l'endroit où il se trouvait. C'était un mélange de souffles, de grincements, de bruits continus à la tonalité changeante et de fragances étourdissantes de variétés inconnues. Il ouvrit les yeux. Ce fut un choc. Il voyait des lumières moirées et mouvantes, comme s'il se trouvait sous l'eau, mais elles se reflétaient sur ce qu'il semblait être des arbres dont les feuilles étaient noires. La lumière venait de partout à la fois. Il se redressa sur les coudes pour regarder son corps. Après un effort douloureux, ce qu'il vit dépassa son entendement. Son corps était sombre mais diffusait une faible lueur rouge orangée qui pulsait au rythme de son coeur. A l'emplacement de celui-ci, la lueur était plus forte. Au moindre mouvement, sa robe lançait des flashs, à chaque respiration, ses poumons émettaient une lumière blanchâtre. Il n'était pas attaché, mais il lui fallait faire beaucoup d'efforts pour mouvoir ses membres. Il regarda autour de lui. Des feux de toutes les couleurs fusaient dans le ciel étrangement noir, mais il était seul. Il se leva difficilement.
    Il fit quelques pas puis buta sur quelque chose qu'il ne voyait pas. Dans sa chute, il cria et un flash, issus de sa bouche, embrasa la scène devant lui. Il vit alors une forêt de cauchemar avant de tomber lourdement sur le sol à une vitesse peu normale.

_*_
*

    Finalement, Pierre commençait à s'habituer à ce mode de vision. Après s'être maintes fois cogné contre les arbres, il prit l'habitude de chanter pour voir ce qu'il y avait devant lui. Il n'entendait pas le son de sa voix, mais sentait ses cordes vocales vibrer dans sa gorge. A chaque pas qu'il faisait, une lumière apparaissait sous ses pieds. Suivant la couleur de cette lumière et ce qu'il sentait sous ses sandales il devina, plus qu'il ne vit, qu'il suivait depuis peu une route pavée. Il arriva bientôt devant une étrange construction qui tournait lentement sur elle-même. Poussé par cette étrange crainte animale qui incite à se cacher devant l'inconnu, et pour ne pas être aperçu de l'édifice, Il quitta la route pour rejoindre l'orée de la forêt. A la vue d'une solide branche au sol, il se baissa pour la ramasser. Mais, bien qu'à ses pieds, elle semblait plus lointaine. Il se releva, puis réessaya mais par une curieuse illusion sa main ne pouvait l'atteindre. Il ne pouvait même pas toucher le sol. Il glissa alors sa main le long de sa jambe, jusqu'au pied, puis jusqu'au sol. Il poussa un soupir lumineux de soulagement en sentant sous ses doigts comme de l'herbe fraîche. Mais, en faisant glisser sa main sur le sol, il fut surpris, ébranlé, de constater qu'il l'avait à la hauteur du visage un peu comme s'il était dans le creux d'une toile élastique sur laquelle il marcherait. Puis il sentit la branche qu'il saisit fermement.
    Soudain, une lumière dans son dos et une vibration dans le sol le fit se retourner. Une masse sombre et énorme se dressait devant lui, d'aspect vaguement humain. Un grognement, le premier son sensé qu'il entendait, s'échappa d'un point indistinct de ce monstre, accompagné d'une étincelle, puis une voix métallique étrangement gutturale, toute aussi impossible à localiser, s'adressa à lui:
«Qui es-tu ?».
Pierre essaya de répondre mais le son était remplacé par de la lumière. Le monstre reprit:
«Je vois ! Tu viens d'un autre plan, sûrement le plan terrestre.»
Il s'approcha dangereusement du moinillon.
«Je vais te rétablir l'ordre des sens»
En même temps qu'il disait cela, il tendait le bras vers Pierre. Sur ses gardes, ce dernier brandi sa branche et comme le bras allait le toucher il frappa de toutes ses forces. Mais son gourdin improvisé rebondit mollement sur le corps du monstre qui se mit à rire. Quand son rire s'estompa, la voix reprit:
«Il te faut apprendre certains détails sur l'endroit où tu te trouves, jeune imprudent. Tu es ici dans le sixième plan et beaucoup de choses sont différentes. Laisse moi te toucher !»
Mais avant que Pierre ait pu faire un geste, le bras, la main, le doigt s'étaient déplié et, bien que le mouvement fut extrêmement rapide, il ne reçu aucun coup, mais juste un effleurement. Aussitôt, quelque chose claqua dans sa tête et sa vision fut troublée pendant quelques secondes. Il fut prit d'un violent vertige qui lui fit perdre l'équilibre puis sentit qu'on le rattrapait d'une main ferme et qu'on le soulevait de terre. Il s'abandonna alors à l'évanouissement.

_*_
*

C'est l'odeur d'un bon pain chaud qui réveilla Pierre. Il était dans un lit. Il faisait noir dans la pièce mais en entendant les oiseaux pousser leurs cris si joyeux, il pensa que tout cela n'avait été qu'un cauchemar de plus. Seulement il se rendit vite compte que ce n'était pas son lit. Ce qu'il sentait sous ses doigt ressemblait plus à de la soie qu'a sa couverture en laine brute. Il se mit en quête du briquet et du silex pour pouvoir allumer la lampe mais il n'y avait rien à coté de lui.
« Mais où suis -je donc ? Il n'y a pas de lumière ici ? S'écria-t-il. Au dernier mot qu'il venait de prononcer un éclairage sans flamme d'une incroyable luminosité se mit en marche et illumina la pièce. Pierre se leva d'un bond, s'attendant à voir surgir quelqu'un. Il n'y avait ni porte ni fenêtre, pas même le contour de l'une ou de l'autre. Le mur était lisse. Personne ne vint. La pièce, très grande, était vide. Il se retourna, une sorte de sixième sens l'avertissant d'un changement dans la pièce : il n'y avait plus de lit. Il chancela mais une chaise apparue sous lui si bien qu'il pu s'asseoir. Une table, qu'il n'avait pas vu avant, était devant lui avec du pain grillée et du bon lait frais. Pierre constata avec soulagement que la pièce n'était pas si grande que cela. Les murs semblaient plus proches. Il y avait même une fenêtre. Elle donnait sur un jardin magnifique. C'est quand il vit un arbre orange avec des fruits lumineux qu'il se rendit compte que tout ce qu'il voyait, il l'avait pensé l'instant d'avant. Tout disparu. Il venait de penser qu'il voulait sortir de cette pièce, de ce délire. Une porte se dessina, se découpa, puis une lumière de plus en plus intense, jusqu'à l'éblouir s'échappa de la porte, le réveillant pour de bon, puis il ouvrit les yeux. Un immense homme à la peau grise, avec un drôle de collier autour du cou, était en train de lui mettre un collier similaire, qui apparemment ne s'ajustait pas correctement. Pierre, se redressant, adressa la parole à l'étrange être, qui, voyant le jeune moine émerger du sommeil avait cessé de manipuler l'objet:
« Qui es-tu ?
- Je suis ton parrain et ton formateur, enfin, en quelque sorte !", s'écria-t-il sur un ton enjoué. «Quand on tombe pour la première fois dans le sixième plan, la pensée suprême affecte un gars comme moi pour aider un peu et comme tu es tombé ici et que c'est la première fois pour toi, je suis donc là pour t'aider un peu ! Tu t'appelle Pierre, moi c'est soleil, ou lune comme tu veux, je puis être n'importe quoi... ou n'importe qui...
-N'est-ce pas frère Pierre!" Ce n'était plus l'homme gris mais le Père Supérieur qui se trouvait devant Pierre, mais aussitôt celui se transforma en une petite fille que Pierre reconnu comme étant celle dont il était amoureux étant petit.
- Tu m'aimes Pierre, non ?"
- Hahaha !" riait l'homme bizarre en redevenant lui même.
- Tu dois bien avoir un nom !" s'exclama Pierre qui ne trouvait pas cela très amusant.
- Bien sur ! Appelle moi comme tu veux, le nom que tu choisira sera le mien".
- Soit !" répondit Pierre, puis après quelques secondes "je t'appellerai... Paul"
- Paul ! Formidable ! Va pour Paul ! Alors qu'est-ce qui t'amène parmi nous ?"
- Est-ce moi ?" La petite fille venait d'apparaître.
- Ou ne serait ce pas plutôt moi ?" Le Père Supérieur en apparaissant avait poussé la pauvre fille qui en tombant se dégonfla comme un ballon de baudruche en sifflant une marche funèbre, ce qui fit bien rire Paul, puisque depuis peu, c'est ainsi qu'il se nommait.
- C'est en suivant le P..." Commença Pierre, qui fut obligé de s'arrêter car un bâillon venait de se matérialiser devant sa bouche .
- Tais toi ! Tu veux qu'il vienne ! Surtout ne dis pas son nom !"
Le bâillon disparu aussi mystérieusement qu'il était apparu.
"Et puis de toute façon, je sais déjà tout puisque c'est toi qui m'a créé, si on peut dire cela comme ceci ! A moins que ce soit moi qui t'ai créé, oui! tout n'est qu'une question de point de vue n'est-ce pas ?"
- Euh...Ou..."
- tu as tout à fait raison ! Comme le disais toujours ma mère, ou ma grand mère je sais plus..."
A ce moment deux femmes grises, une jeune et une moins jeune, apparurent et, tournées vers l'être gris, dirent en coeur:
« Qui de nous deux t'aime le plus ? pour moi c'est moi mais pour toi c'est toi ! C'est une question de point de vue!"
Les deux femmes disparurent
dans un nuage de fumée, et Paul continua avec un grand sourire:
- Ah! Les braves femmes...", puis son sourire s'effaça, "Il va falloir que je t'apprenne les choses essentielles car tu n'as pas beaucoup de temps devant toi ! Quoique le temps ici ça ne signifie pas grand chose ! Mais je t'embrouille ! Excuse moi. Lève les mains paumes en l'air !"
Pierre s'exécuta, Alors Paul dans un grand rire, leva les siennes et frappa dans celles que tendait innocemment Pierre.
alors il s'écria:
- C'est parti !".
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Mardi 11 décembre 2007 2 11 /12 /2007 13:33
face à moi, Magrite sur papier  s'affiche. Ses pieds-chaussures sont usées.
Autour de moi des gens attendent, comme moi. Ils attendent le signal pour bouger, se lever, agir.
Es-tu toi aussi dans ce labyrinthe ?
Es-tu toi aussi dans l'attente d'un signal ?
Heureusement, le philosophe aux grandes oreilles veille sur moi . Je ne me ferai pas pincer.
A nouveau l'air. La place est noire de monde. J'attends encore le signal. Viendra t'il ?
J'avance à pas comptés. Voila un pont qui n'est pas désert à cette heure. Je reste là, tel une sentinelle, regardant au quatre points cardinaux, guettant ton apparition.
Le clocher d'un institut proche sonne une demi-heure. Dois-je perdre espoir ?
Cette journée est longue pour l'instant. Des gens de tout horizons circulent sur ces planches, mais pas toi.
Il est dit sur une liste colorée que vous aller passer ici. Seulement il reste la question du "quand ?". Je guette tout mouvement de véhicule à quatre petites roues qui circulent sur les trottoirs. L'autre rive est très loin. Y es tu ?
Un rayon de soleil perce la couche nuageuse et éclaire le gigantesque palais devant moi et balaye l'édifice, comme à la recherche de quelque chose. C'est beau, cette lumière qui se reflête sur le fleuve. Au moins je ne serais pas venu complètement pour rien.
Je crois que bientôt, je vais revenir sur mes pas, retourner sur la place qui était noire de monde, dans l'ombre d'un rhinocéros ou d'un éléphant.
Sous le pont passe des mouches.
Tu essayes peut-être à cet instant de résoudre ce casse-tête des ponts. N'essaye pas, il n'y a pas de solution.
Les clochers alentour se mettent à nouveau à chanter. La faim commence à tirailler les estomacs. Sans doute les votres plus tard que le mien.
Que faire ?
Je retourne là-bas. Après tout, c'est là que nous avons rendez-vous. Un dernier regard, et je  quitte cette passerelle.
Je ne t'ai pas encore vue.
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Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 23:19
"Chaque jour est un lendemain d'une vie différente, et ça, Matt le sais bien."

C’est avec ce goût rance de bière et les yeux plissés par la lumière blafarde de ce début d’après midi d’automne, que ma migraine commença. Je m’extirpe de ma couche, me frotte ce qui tombe sous mes mains, ouvre le frigo pour saisir le fond de jus d’orange salvateur. Pas facile de se motiver. Pourtant il va bien falloir y aller.

Je rejoins la salle de bain. Le sol carrelé me glace les pieds. Pourquoi faut-il toujours que ce soit aux endroits où l'on est le plus dévétu, qu'il fasse le plus froid et le plus humide ! Cette salle de bains me fait le même coup chaque jour !
Mais je suis décidé, ou pas ? je le suis, oui ! J'inspecte rapidement la douche en posant mon caleçon, puis j'ouvre les robinets à la puissance maximale... Au loin j'entends la chaudière qui se met en branle ! Le mirroir est déjà embué quand je saute "direct" sous le jet brulant...

Est-ce bien normal de ne retrouver ses capacités qu’une fois sous la douche. Suis-je un poisson ? Et devrais je inexorablement répéter jour après jour ce manége infernal pour rentrer dans la peau de ce personnage qui m’insupporte de plus en plus. Est-ce là le seul but de ma vie. De vivre. Etre propre et sentir bon pour donner le change à mes homologues humains. Le seul moyen de répondre à ces questions est il de trouver la personne qui se les pose, ailleurs, là bas, autre part sur la planète ? Je me sèche.

Je soupire profondément car je ne peux me résoudre à ignorer que je fais comme nous tous face à une perspective qui nous attire inéxorablement vers l'abîme du néant. J'enfile mes chaussettes. Non, pas celles-là. J'enfile une deuxième paire de chaussettes. Que seraient-elles l'une sans l'autre, la droite sans la gauche. Elles sont comme ça : deux. Pour le meilleur et pour le pire, pour les patates, pour les odeurs. Je jette un coup d'oeil par la fenêtre : "Il pleut."

C’est vrai que parfois on aimerait contrôler la météo et nos humeurs, mais il faut bien admettre que la chose n’a rien de simple. Pourtant ça simplifierait bien des problèmes. Plus de temps perdu à choisir quel vêtement, avec quelle couleur, en fonction du temps et de nos envies. On pourrait se concentrer sur autre chose que ces "quotidienneries" qui nous bouffent le cérébral, et nous détournent de nos vrais chemins. D’ailleurs j’y pense. Ou sont mes bretelles ? Ah ! Les voilas ! Et encore 35 secondes de perdu à tourner dans cet appart.

Le manque de clop commence à se faire sentir. D'alcool aussi. Si on pouvait contrôler ça. Je me suis dit un jour que j'arreterai tout ça, de me tuer à petit feu.
Mais à quoi bon, au bout du compte, le néant ne fera pas de différence.
Il doit me rester un paquet quelque part et comme il pleut ça me fait chier, parce que je connais l'issue de mes vaines recherches :
Il va falloir que je descende affronter la pluie. Putain d'automne !
Heureusement, j'ai toujours des bières au frais. Je vais m'en descendre une, tiens !
J'ouvre le frigo, et la petite lumière blanche qui s'allume quand on ouvre la porte m'apaise un instant, et me fait penser qu'on est chacun comme cette ampoule : on ne s'allume que lorsque quelqu'un nous ouvre. Enfin, façon de parler.
J'attrappe une bouteille et le verre au contact de ma main se recouvre de condensation.
Le gout de la bière brune me chatouille le palais.
Haaaa ! ca va mieux !
De toute façon, il va falloir que je sorte. J'ai rendez-vous...

(par ici la suite...)
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Dimanche 28 janvier 2007 7 28 /01 /2007 00:00
Pierre avait tort de croire qu'Il était revenu. La couleur du ciel n'avait pas changé et il n'y avait pas dans l'air cette odeur si caractéristique de Sa présence. Mais, peu à peu, la peur s'immisçait dans son esprit.
L'ombre qu'il avait vu, l'avait-il rêvé, ou bien l'avait-il vraiment vu passer dans la lumière spectrale de la Lune. Maintenant il ne savait plus faire la différence entre ses rêves et la réalité trouble de sa vie.
«Bonsoir Pierre»
Pierre sursauta. Il se croyait seul dans l'église et, dans sa sombre méditation, il n'avait pas entendu l'homme arriver.
«Bonsoir Pierre, répéta ce dernier, sa voix grave résonnant lugubrement dans la nef.
- Bonsoir mon Père».
Pierre craignait la colère du Père Supérieur, surtout qu'il ne devait pas se trouver dans l'église à cette heure.
«Que fais tu ici, Pierre ?»
Quelque chose de menaçant sourdait de cette voix mielleuse, presque hypnotisante. La tension montait rapidement.
Après un court instant Pierre répondit:
«Je priais mon Père». Le regard lourd, inquisiteur, coulait sur les épaules du jeune moine, l'écrasant de son poids insurmontable.
«Bien mon fils ! Bien !...»
Le Père Supérieur posa sa main sur la nuque de Pierre. Au contact de cette main, un sentiment étrange, comme si mille voix hurlaient en même temps, comme si un sixième sens le prévenait d'un danger immédiat, rempli son esprit.
« Mais Dieu ne souffre pas de trop longue prière. Retourne dans ta cellule maintenant, mon fils».
Cette voix. Pierre ne pouvait pas résister.

De retour dans sa chambre, Pierre continua sa morbide réflexion. Quelle part devait-il laisser au rêve et à la réalité. Pourquoi avait-il ces visions étranges et mortuaires. Pourquoi la prière et la foi en Dieu miséricordieux ne lui donnaient aucun apaisement. Et aussi pour quelle raison ce sentiment de danger, apparu lorsque le Père l'avait touché, ne voulait pas disparaître, sortir de sa tête.
C'est à ce moment qu'il entendit un cri suraigu, terrifiant, un cri de femme que la mort, sur le point de l'emmener, fait surgir de la gorge encore vierge de sang. Pierre se leva brusquement. Il venait d'entendre, juste après le cri, faiblement, comme irréel, Le Bruit. Un bruit rampant, innommable, comme le déchirement des chairs, comme le battement d'une aile immense. Pierre était sûr maintenant. Il était de retour dans ce monde.
Il se précipita hors de la pièce exiguë qui lui servait de chambre monastique, et se mit à courir pour rejoindre l'église. Arrivé à l'extérieur, Pierre remarqua tout de suite la couleur étrange du ciel. Mais il avait toute la cour centrale à traverser. Il avala difficilement sa salive et, toujours en courant, entreprit le franchissement de l'étendue à découvert. C'est à une courte distance du portail qu'il sentit Sa présence fondre dans son dos tel que le ferait un rapace sur sa proie. Il restait à Pierre tout au plus cinq pas pour atteindre le seuil protecteur, mais il n'en fit pas trois, trébuchant dans la panique. Il essaya de se relever mais la présence fut déjà au-dessus de lui et lui toucha l'épaule.
«Pierre !». La Chose prononçait son nom d'une voix rauque.
«frère Pierre !» Encore un choc à l'épaule, un éclair éblouissant.
«Frère Pierre !». Il ouvrit les yeux et...
Vit le visage du frère Hubert, souriant, au-dessus du sien. Puis il vit qu'il se trouvait dans la salle à manger du monastère.
«Pierre ! Tu es arrivé ici en courant puis tu es tombé. Je me suis précipité mais tu t'es mis à te débattre !»
- Que fais-je ici ?» Fut sa seule réponse.
La voix grave du Père Supérieur s'éleva du fond de la salle:
«Tu as encore eu une crise de somnambulisme, Pierre !»
- Ce n'est pas vrai !» Pierre ne comprenait pas pourquoi,
«tout ce que j'ai vu et entendu...».
Il s'arrêta.
« Ce n'est pas vrai» répéta-t-il, puis il éclata en sanglots.

Le lendemain, bien que fatigué, Pierre se sentait beaucoup mieux. Il n'avait plus cette peur en lui et, soulagé, il effectua ses services sereinement. Cependant, lors de la cérémonie du matin, un détail l'avait marqué. Lorsque le Père Supérieur, promenant la lumière de la bougie Pascal, était passé devant lui et avait plongé son regard dans le sien, le Christ, l'image même du bien -le Christ sur sa croix- projetait son ombre sur le mur. Et, à cet instant, l'ombre avait Sa forme, la forme du Malin, et cette forme le fixait de ses yeux vides. Tout le poids de la terreur ancienne s'abattit sur Pierre, mais l'instant d'après, la statue sacrée avait repris son habituelle apparence, enlevant aussitôt la peur, comme balayée par magie. Pierre réussit à se persuader que cela était un effet de son imagination.

Le soir venu, comme la veille, Pierre se réfugia dans l'église, dans la prière. Soudain, il entendit le léger grincement familier de la porte. Par réflexe, Il se baissa entre les bancs puis décida d'y rester. C'était le Père Supérieur qui, tout en jetant des regards autours de lui, se dirigeait vers l'autel. Pierre, derrière son banc, ne vit pas ce que faisait le moine, mais il entendit. Le Bruit de son cauchemar venait de résonner et, faisant écho, son coeur fit un bond dans sa poitrine. Une lumière violette illumina la voûte un court instant. Puis une indicible terreur lui glaça le sang car son nez avait capté l'odeur, une des manifestations de Son passage. Après un moment, comme le silence retombait, Pierre risqua un coup d'oeil au-dessus du banc. Comme il s'y attendait, le Père Supérieur ne se trouvait mystérieusement plus dans l'église. Il avança prudemment vers l'autel, dans la crainte de le voir surgir de nouveau. Arrivé au pied de l'estrade supportant la table sacrée, il passa derrière, mais ne découvrit rien de particulier. Cependant, lui qui n'en avait jamais fait le tour, fut étonné par les sculptures qui ornaient la face arrière de l'autel. Autant les visibles étaient pieuses et douces, autant celles-ci étaient hideuses et méchantes. Surtout une tête démoniaque qui attira son regard. La cruauté de la bête était accentuée par la blancheur des yeux de diamant qui semblaient suivre Pierre dans ses mouvements. Il approcha son visage du monstre, mais les yeux se mirent à rougir dangereusement. Puis ils devinrent rapidement de plus en plus lumineux, passant du rouge au violet. Prenant peur, Pierre s'écarta vivement, mais, en reculant il posa son pied sur un dessin au sol, un tracé étrange. Trop tard. Un rayon lumineux, d'un violet aveuglant, surgissant des orbites de la tête satanique, éclaira Pierre, et, dans un bruit de déchirement, Le Bruit, il sombra dans l'inconscience.
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /2007 00:00

L'anomalie s'étendait.
C'était un nom mal choisi pour cette... "Chose". Anomalie, ça fait "petite erreur", ça fait "ce n'est rien, tout va bien, nous maîtrisons la situation". Quelle dérision !
ça avait commencé un banal jour de mai.
Henry J. regardait partir le bus qui l'emmenait tous les jours à son travail et s'apprêtait à traverser la rue pour rejoindre l'immeuble de son entreprise, l'esprit tout à la journée qui l'attendait, lorsqu'il ressentit une brève piqûre à la cuisse. Tout en se frottant l'endroit douloureux, il avait pensé à un moustique et leur prochaine prolifération pour l'été qui s'annonçait. Puis il était entré dans les bureaux accomplir sa journée de travail.
Quelques heures plus tard, son collègue Frédéric L. lui faisait remarquer sa pâleur extrême, et lui conseillait de rentrer chez lui au plus vite et d'appeler un médecin. Ce que Henry ne fit pas.
Dans l'après midi chaud et ensoleillé de ce jour de mai, Henry, dans les toilettes, constata qu'à l'endroit de la piqûre, une tâche noire aux contours imprécis et d'une taille inquiétante était présente. Henry, prenant peur, décida donc de suivre les conseils de son collègue. Une fois chez lui, et se plaignant d'avoir froid, sa femme lui conseilla de prendre un bain bien chaud. Henry, visiblement de plus en plus mal se rendit dans la salle de bain pour ne jamais en sortir. Lorsque sa femme entra quelques 30 minutes plus tard, son mari avait disparu. Sur le carrelage de la salle de bain, une flaque marronâtre s'étalait.
L'anomalie venait de faire sa première victime...

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