Dans un des dessins animés que ma fille regarde en ce moment, j'ai entendu un personnage dire à un autre qui l'attendait :
J'ai presque failli arriver en retard !
Comme je suis un père qui essaye d'être un peu attentif à ce que sa fille accumule dans sa mémoire en pleine croissance, je fais un peu attention aux dialogues.
Sur le coup, j'ai trouvé ça un peu bizarre.
Je ne sais pas pour vous, mais l'expression "j'ai failli" signifie pour moi "avoir manqué de peu", sous entendu malgré tous mes efforts pour y arriver. Du genre "Quel dommage, j'ai failli attraper le pompon" (oui, ma fille a aussi découvert les manèges et les pompons). bref, c'est essayer sans y arriver.
D'un autre côté, "presque", ça veut dire "pas tout à fait". Une peinture presque terminée, c'est qu'elle ne l'est pas encore (oui, ma fille fait aussi de la peinture qui est finie quand elle dit "une autre feuille, siteplé papa").
Mais alors dans ce cas, "presque faillir", c'est à dire "pas tout à fait faillir", ça signifierait un peu "réussir" ? Screugneugneu !
J'ai presque failli réussi à arriver en retard.
Arriver en retard, c'est assez facile. Il suffit de ne pas partir à point, et selon la loi de l'emmerdement maximum, la durée du trajet augmente de façon inversement proportionnelle au temps restant pour arriver à l'heure (embouteillage, feux tous au rouge, camions, tracteurs, vents contraires, grêves, pluie de grenouilles, bref, tous ligués pour te faire dépasser l'heure prévue).
Pourtant l'autre personnage n'avait pas l'air mécontent, c'était l'heure prévue, ça ne doit donc pas être ça !
Mais alors que signifie donc cette phrase toute en contradiction !
Ce "presque" ne se rapporterait donc pas qu'à "faillir" mais aussi au reste ?
J'ai pas tout à fait "failliArriverEnRetard".
Oui, admettons. C'est tordu ! Les ordinateurs vont avoir du mal à comprendre des phrases comme celle là !
Alors si je résume :
J'ai essayé pourtant, mais je n'ai pas réussi à arriver en retard et ce malgré un embouteillage, les feux tous au rouge, des camions, des tracteurs, un vent contraire du sud, la grêve des touristes et même une pluie de grenouilles.
J'y étais presque ! Ce n’est vraiment pas de chance !
J'ai presque failli arriver en retard.
Enfin, pour se consoler, j'ai réussi à être à l'heure, c'est déjà ça.

Il tentait de suivre la ligne du plafond, mais il avait du mal. Il faut dire qu'il était venu là pour l'aider, parce que la pauvre ligne du
plafond était brisée.
"J'en ai marre" disait elle " je n'en peux plus d'être coincée entre ces murs et ce plafond !"
Effectivement, se disait il, c'est le propre de la ligne du plafond.
Il essaya de la rassurer en lui disant qu'elle avait le confort d'être dans une maison, au chaud, et tout ça. Oui mais c'était le placard et jamais personne ne venait.
"Allons c'est quand même mieux qu'être une ligne droite obligée d'aller dans une seule direction."
Et c'était vrai. Mais aller dans une direction, ça oui. Elle qui tournait sur elle même, et même pas en rond, elle se voyait bien ligne aérienne, ou aux mains d'un pilote de ligne. Au moins
elle voyagerait.
Hélas, il n'avait pas la ligne budgétaire pour lui offrir un voyage en avion, tout au plus pouvait il l'emmener à la pêche, ou alors dans le métro, toutes deux comportant un choix de lignes
conséquent et économique. Mais elle ne voulait pas finir mangée par les poissons, ou enterrée, ce qui serait pire, de son point de vue, qu'être au placard.
"Allons c'est quand même mieux que la ligne d'horizon, toujours à fuir quand on s'approche."
Mais il se trompait sur toute la ligne. Être l'horizon, voila quelque chose qui lui aurait plu, à la ligne du plafond. On est toujours à l'horizon de quelqu'un. L'horizon est partout autour, et
pourtant inaccessible par soi même. Mais voila, le sort avait voulu qu'elle soit ligne de plafond, d'un placard qui plus est, et c'est tout. En faire la ligne d'horizon n'était pas en son
pouvoir.
Il fallait lire entre les lignes. Il y avait quelque chose à faire mais il ne savait pas encore quoi. Il tenta une dernière approche :
"Allons c'est quand même mieux qu'une ligne de flottaison, toujours à nager entre deux eaux, parfois troubles. Ou une ligne de bataille, sous le feu, prête à être coupée à tout moment, sans
compter le mal de mer, et en plus les batailles navales n'existent plus. Ou pire encore, une ligne de démarcation honteuse pour tenir le pays aux mains d'occupants belliqueux !"
Qu'importe, elle aurait pu être ligne de mire, de tir, ou de visée, ou même Maginot ou Siegfried, du moment qu'elle n'était plus dans ce placard, entre ces quatres murs.
Il se plaça en ligne de défense, prétextant un appel d'une autre ligne, celle du téléphone pour gagner du temps et réfléchir.
Mais elle n'était pas dupe, et s'était fixée une ligne de conduite, qu'elle lui rappela :
"Si tu ne fait pas quelque chose tout de suite, je laisse tomber le plafond ! point à la ligne !"
Et ça, même du placard, il ne pouvait pas, surtout que sa chambre était juste au dessus, ça aurait fait désordre.
Il se ravisa.
Il lui proposa de l'emmener à la montagne, franchir une à une les lignes de niveau pour faire la ligne de crête. Elle se dit que ça devait être pas mal, elle se voyait déjà sur la ligne de
départ. Puis elle se dit que là haut, immobile dans le vent glacial, avec la neige et le mauvais temps, finalement, ça ne devait pas être si bien.
Il commençait à se les sentir aussi brisé que la ligne.
Déjà que les gens sont difficiles à contenter, si en plus les lignes s'y mettent. Il regarda celles de sa main. Sa ligne vie venait sans doute de raccourcir un peu.
Il tenta de se ressaisir, et proposa un compromis dans la droite ligne de son humanisme légendaire. Il fit quelques recherches en ligne. Il appela son banquier sur sa ligne directe, pour
qu'il lui ouvre une ligne de crédit.
C'est ainsi qu'il démonta le placard, abbatit quelques cloisons, agrandit sa maison avec quelques murs arrondis, cassa quelques mètres carrés de plafond pour faire entrer en ligne de compte les
sauts de ligne entre les deux étages, et fit en sorte que les perspectives offrent de belles lignes de fuite.
Ainsi, la ligne parcourait librement toute la maison, en droite, en courbe et en brisure et faisait l'admiration de tous les visiteurs, ce qui la rendait pas peur fière. Elle eu même droit de
passer à la télévision dans une émission sur les maisons. Elle aimait se voir si bien cadrée le long des lignes de forces de l'image sur l'écran aux lignes pures très design.
Et lui était tout content :
Il avait gardé sa ligne.
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